jeudi 27 août 2015

Comment les Viking naviguaient-ils ?

Sans aucun instrument de navigation moderne, les Viking lisaient les signes de leur environnement pour s'orienter, traverser les mers et découvrir de nouveaux territoires.

Comment des gens qui nous apparaissent comme des sauvages sanguinaires ont-ils pu traverser l'Atlantique et découvrir l'Amérique quelques siècles avant Christophe Colomb ?


Vaisseau Ottar (crédit : Viking Ship Museum, Roskilde)

On leur prête un caractère grossier, bête et méchant mais ils possédaient une somme de connaissances phénoménales sur leur environnement et une réelle compréhension des signes qu'ils observaient.

Ils connaissaient le concept de Nord / Sud / Est / Ouest grâce à la position du soleil, aujourd'hui ces notions renvoient plutôt au magnétisme terrestre (et donc à nos boussoles). Le soleil, la lune et les étoiles étaient ainsi des éléments clés pour déterminer leurs routes maritimes. Mais comment faisaient-ils par temps nuageux ou brumeux ? Une erreur minime de quelques degrés peut amener les navigateurs à dévier de leur course drastiquement et à se perdre... Pour cette raison, les Viking gardaient un oeil sur les reliefs le long des côtes. Un rocher d'une forme originale, une colline reconnaissable fournissaient quelques indices sur leur localisation.

La transmission par le chant

Sans carte maritime ni description écrite, les voyageurs Viking transmettaient leurs informations par des chants narratifs. Certains ont été retranscrits dans des manuscrits médiévaux (tel que "Hauksbók") :

"Depuis Herman en Norvège,
dirige-toi vers l'Ouest vers Hvarf au Groenland,
tu auras navigué au Nord de Hjaltland [actuellement les îles Shetland],
et tu les apercevra par temps clair,
mais tu devras être au Sud des îles Féroé,
de sorte que l'horizon soit juste entre deux montagnes,
tu iras donc au Sud de l'Islande."


Une route maritime Viking (crédit : Alban Cambe)

En d'autres mots, ils voyageaient depuis Hennø en Norvège vers l'Ouest (vers le Groenland) et passaient entre les îles Shetland et Féroés puis bifurquaient vers le Sud de l'Islande.

Les oiseaux et les baleines pour se diriger

En naviguant, les Vikings utilisaient la vie sauvage pour s'orienter. Les oiseaux sont particulièrement utiles dans la mesure où certaines espèces ne s'éloignent jamais des côtes. Par exemple, une fois passés à côté des îles Féroés, ils attendaient de repérer certains oiseaux terrestres en tant que signe qu'ils s'approchaient de l'Islande.

Les baleines quant à elles restent à proximité des courants marins où le poisson abonde. En connaissant les zones de vie des Cétacés, les Vikings parvenaient à déterminer leur position par rapport aux territoires connus.

L'utilisation des 5 sens

Une hypothèse quasi-acceptée à l'heure actuelle est que les Vikings utilisaient leurs sens pour naviguer (en dehors de la vue bien entendu).

L'ouïe : Par temps brumeux, les navigateurs sont capables d'entendre la terre à proximité. Les cris des oiseaux, le son des vagues qui s'échouent sur la côte.

Le toucher : La sensation du vent sur les visages pour déterminer des variations d'orientation et de vitesse. Les brises côtières sont ainsi reconnaissables, l'orientation et la puissance des vagues pouvaient également être utilisées. Dans la mesure où les côtes peuvent renvoyer vers l'horizon les vents et les vagues, un navigateur aguerri pouvait extraire énormément d'informations par ses sensations.

Le goût : l'un des seuls instruments de navigation Viking était un fil à plomb qui servait à déterminer la profondeur des eaux. En touchant le fond, il collectait un petit échantillon des sédiments au fond de la mer, cet échantillon pouvait être goûté. Des variations de salinité pouvaient indiquer la proximité d'un fleuve (eau douce) se jetant dans la mer.

L'odorat : Les marins sont capables de sentir la proximité de la côte. Dans des conditions humides, l'odorat humain est capable de détecter à plus grande distance l'odeur des arbres, des arbres et du feu.

La pierre de soleil comme outil de navigation ?

Une hypothèse très discutée pour expliquer les voyages Vikings est celle de l'utilisation de la "sólarsteinn" ou pierre de soleil. Ce morceau de calcite translucide permet la polarisation de la lumière et révèle la position du soleil même par temps brumeux. Il en est fait référence dans des textes médiévaux en Islande mais son utilisation est encore hypothétique quoi que favorablement considérée par la communauté scientifique.


Rhomboèdre de calcite (crédit : ArniEin)

Les expériences d'Albert Le Floch et Guy Ropars (université de Rennes) ont montré que des volontaires informés des principes de fonctionnement pouvaient s'orienter avec une précision de l'ordre du degré.


Double réfraction de la calcite (crédit : Cs California)


La "pierre" de calcite divise la lumière solaire (même cachée derrière un voile nuageux) en deux points lumineux. Lorsque ces deux points ont la même luminosité, cela signifie que le navigateur fait face à la source lumineuse, le soleil.

La découverte de l'Amérique

D'après "Graenlendinga saga", l'Amérique fut découverte par les Vikings en l'an 996 après JC.

Ce document historique relate le voyage de Bjarni Herjolfsson qui est considéré comme le premier Européen à fouler le sol du continent Nord Américain. Son but premier était de rejoindre son père au Groenland... Après avoir subi plusieurs jours de mauvais temps, le vaisseau de Bjarni a été dérouté.


Le voyage de Herjolfsson (illustration de Mette Friis Mikkelsen)


À la suite de ses efforts, il tente de mettre à nouveau cap vers l'Ouest et parvient à un terre bien plus fertile que le Groenland qu'on lui a décrit. Ce n'est qu'après avoir repris la mer avec son équipage, bataillant pour rejoindre le Nord, qu'il retrouvera le Groenland et son père.

Loin d'être félicité pour sa découverte, il sera plutôt moqué pour avoir raté sa course ! Après la mort de son père, il transmettra ses connaissances sur ce continent inexploré et rentrera chez lui en Norvège. Leif Eriksson montera sa propre expédition (décrite dans "La saga d'Erik Le Rouge") et retournera en Amérique en 1002 où il trouvera en abondance des baies et des raisins, il baptisera cette terre "Wineland" (la terre de la vigne ou du vin) pourtant bien loin de la France !


Les voyages Vikings (crédit : Encyclopédie Britannica)

Les traces de métaux forgés retrouvés sur les côtes du Canada attestent d'une première "colonisation" du continent par les Viking qui ont probablement entretenu des relations commerciales avec les Amérindiens.

De tels voyages sans autre instrument que les connaissances naturelles nous semblent aujourd'hui quasi-impossibles. L'archéologie expérimentale vise à reproduire certaines routes Viking et l'on cherche encore quels sont les moyens d'orientation qui ont été utilisés. Le Bushcraft et, a fortiori, la navigation naturelle visent à entretenir, voire à redécouvrir ces savoirs ancestraux. N'hésitez pas à consulter nos stages et nos sorties pour en apprendre davantage !

Pour en savoir plus :
Travaux de Anton Englert (Docteur en Archéologie au musée des vaisseaux Vikings à Roskilde, Danemark).
Librement adapté de l'article original de Irene Berg Petersen
Article de Guy Ropars, Albert Le Floch, et al."A depolarizer as a possible precise sunstone for Viking navigation by polarized skylight"
Les Cahiers de Sciences et Vie. Vikings; enquête sur les secrets des maîtres des mers

jeudi 20 août 2015

Nature Aventure Survie : Le podcast - Épisode 5 - Pierre Elie Gaspin (2/2)


En survie et en bushcraft, le couteau semble être l'un des outils les plus indispensables. Choisir un bon couteau et l'utiliser avec précaution devrait être la première chose que tout pratiquant de Bushcraft se doit de maîtriser.


Dans cette dernière partie, Pierre-Elie Gaspin, coutelier chez theoutdoorway.fr, nous donne quelques précieux conseils pour ceux qui utilisent régulièrement leurs lames.


Intervenant : Pierre-Elie Gaspin
Profession : Artisan Coutelier
Localisation : Magnan, France
Site internet : www.theoutdoorway.fr
Page Facebook : the outdoor way knives

mercredi 12 août 2015

Nature Aventure Survie : Le podcast - Épisode 4 - Pierre Elie Gaspin (1/2)


En survie et en bushcraft, le couteau semble être l'un des outils les plus indispensables. Choisir un bon couteau et l'utiliser avec précaution devrait être la première chose que tout pratiquant de Bushcraft se doit de maîtriser.


Pour l'épisode 4, nous allons parler de couteaux avec Pierre Elie Gaspin


Intervenant : Pierre-Elie Gaspin
Profession : Artisan Coutelier
Localisation : Magnan, France
Site internet : www.theoutdoorway.fr

mercredi 5 août 2015

Arriver à l'heure : La grille de temps en randonnée

Petite réalisation très simple pour améliorer ses capacités de navigation dans les environnements "fermés".

Si en plaines, il est aisé de repérer son objectif de loin, cela devient plus compliqué lors d'une randonnée empruntant des sentiers forestiers. La vision du paysage est alors obstruée et il devient difficile de localiser précisément sa cible, on utilisera alors un azimut avec sa boussole et sa carte.



Un petit outils très simple à réaliser et qui se révèle finalement très utile est la grille de temps.



Comment lire cette grille de temps :

  • Les colonnes sont réservées aux vitesses de marche (en Km/h).
  • Les lignes sont dédiées aux distances de référence à parcourir (en mètres).
  • Les temps aux intersections sont exprimés en minutes.
On notera que certains temps de parcours sont exprimés avec une décimale, on considérera alors qu'il s'agit d'une demi-minute (30 secondes). Les temps calculés sont arrondis à la demi-minute supérieure.

À quoi sert une grille de temps ?

Si vous savez qu'il vous reste 2 kilomètres à parcourir pour parvenir au prochain abri, combien de temps cela va vous prendre si vous marchez à une cadence vive proche de 5 Km/h ?

Sous la pluie, dans le froid, avec le ventre qui crie famine, est-ce que vous prendriez la peine de faire le calcul de tête ?
Assis chez vous, en train de lire l'article, pouvez-vous faire le calcul de tête ?

2 kilomètres à 5 Km/h se parcourent en 24 minutes d'après la grille de temps ci-dessus. Rien de plus simple que de lancer un décompte sur une montre digitale pour qu'elle nous avertisse que le temps est écoulé.

L'intérêt premier est d'éviter d'avoir à faire quelque calcul que ce soit.

Cela économise du temps et de l'énergie si rien qu'en regardant notre tableau, nous pouvons savoir qu'au terme de ces 24 minutes (approximativement) on DOIT être rendu à notre cible. Si ce n'est pas le cas et que le refuge n'est toujours pas en vue, il est fort probable que nous nous soyons fourvoyés dans notre itinéraire. La grille de temps se révèle ainsi être un outil prédictif qui nous averti d'une erreur de navigation dans un laps de temps très court.

La plupart des randonneurs égarés ont plutôt tendance à aller de l'avant en espérant qu'ils retrouveront un point remarquable dans les prochains kilomètres. La grille de temps vous permet d'apprécier vos propres erreurs avec plus de finesse. On prendra alors plus facilement la décision de rebrousser chemin ou, au minimum, de consulter sa carte avec un peu plus d'attention.

Une autre utilisation concrète est de pouvoir déterminer la distance que vous vous apprêtez à parcourir. Le rythme de toute randonnée varie au cours de la journée : vive le matin, plus lente en début d'après-midi après le repas... 

Vous pouvez ainsi répondre à une question du genre : "Quelle distance allons-nous parcourir dans les 30 prochaines minutes si nous venons de parcourir 700 mètres en 14 minutes ?"

D'après notre grille, cela signifie que nous marchons à 3 Km/h, on peut donc espérer couvrir 1500 mètres dans la prochaine demi-heure.


Comment réaliser sa grille de temps ?

Rien de plus simple, vous pouvez simplement photocopier la grille ci-dessus ou alors créer votre propre grille en suivant les étapes ci-dessous.

1 - Dans un tableur, commencer par indiquer les vitesses que l'on jugera utiles (selon les allures habituelles) et les distances que l'on souhaite connaître.



2 - Un premier calcul consistera à déterminer la distance parcourue en une minute. Ce résultat permettra d'établir le temps nécessaire pour parcourir les distances de référence.


Par exemple pour calculer combien de temps (en minutes) on devrait mettre pour parcourir 800 mètres à la vitesse de 4 Km/h, on posera le calcul suivant :

a - Ramener toutes les distances en mètres et le temps en minutes :

4000 / 60 = 66,67

On parcourra environ 67 mètres par minute à la vitesse de 4 Km/h

b - Calculer combien de temps sera nécessaire pour parcourir la distance voulue :

800 / 67 = 11,94

On parcourra 800 mètres en 12 minutes environ (arrondir à la demi-minute supérieure).


3 - Compléter la grille intégralement.

4 - Imprimer la grille à une échelle suffisante pour pouvoir la glisser dans un porte-carte ou pour pouvoir la coller au dos d'une boussole.

5 - Plastifier la grille pour la rendre imperméable.


6 - Utiliser une colle liquide puissante pour fixer la grille sur le boîtier d'une boussole, elle ne craindra pas l'humidité.

Il ne reste plus qu'à nettoyer les bavures de colle et à tester cela sur le terrain !

Cet article a été librement adapté des travaux de Paul Kirtley chez Frontier Bushcraft : Article original en Anglais